un instituteur à la carrière mouvementée

Célestin Gillot a été instituteur dans l’Yonne entre 1866 et 1902. Sa carrière débute donc sous le Second Empire et prend fin sous la IIIème République. Ce fut un instituteur de campagne.

Sa carrière est jalonnée par de nombreuses mutations. Il a ainsi exercé dans 13 écoles différentes du département. Il a souvent rencontré l’animosité des habitants des communes dans lesquelles il enseignait, et aussi des élus municipaux. Il ne fut pas non plus toujours soutenu par sa hiérarchie.

Pour bien appréhender les conditions dans lesquelles il a enseigné, voici quelques dates:

  1. loi Guizot du 28 juin 1833: la liberté de l’enseignement primaire est instaurée. Chaque commune de plus de 500 habitants doit avoir une école. L’école n’est pas obligatoire, mais elle doit être gratuite pour les plus pauvres.

  2. loi Falloux du 15 mars 1850: il convient de différencier les écoles publiques des écoles libres, créées et gérées par des particuliers (laïcs ou religieux). Les instituteurs sont soumis à l’approbation des curés.

  3. lois Ferry du 16 juin 1881 et 28 mars 1882: la première institue la gratuité de l’école publique et la seconde l’obligation de l’enseignement. La laïcité de l’enseignement public est affirmée.

Célestin Gillot commence donc à enseigner dans un contexte où l’école n’est pas obligatoire, où celle-ci est sous la mainmise du clergé. Il doit d’ailleurs produire deux certificats de bonne conduite de deux curés différents pour commencer sa carrière d’enseignant. Le caractère non obligatoire de l’école avait pour effet un fort absentéisme. De plus, la plupart du temps, les locaux dans lesquels les instituteurs enseignent sont insalubres. C’est ainsi, que notre instituteur, s’efforce tout au long de sa carrière de participer activement à la construction de nouvelles écoles. Cela lui est d’ailleurs reproché par les municipalités. Ces dernières lui reprochent aussi son implication dans les affaires politiques: à Dollot, dans le nord de l’Yonne, les habitants et une partie du conseil municipal lui reprochent d’être un bonapartiste acharné. Le maire, par ailleurs ancien instituteur à la retraite est républicain. Nous sommes en 1879. Les coups bas entre ces deux-là pleuvent: des lettres dénonciatrices s’échangent et le maire écrit au sous-préfet pour demander la mutation de l’instituteur.

Quelques années plus tard, à Thory, en 1890, il lui est cette fois reproché d’être un républicain acharné et de dénigrer les convictions religieuses de ses élèves pendant la classe. Il faut noter qu’il reçoit alors le soutien de sa hiérarchie.

Toutefois celle-ci ne l’a pas toujours soutenu. Elle l’a même muté d’office en avril 1885 de Saint Agnan pour la commune de Pailly. Ce sont ses méthodes d’enseignement qui lui valent cette sanction. Il lui est en effet reproché de faire copier de façon injuste des punitions de 500 lignes à ses élèves. Il a également demandé la somme de 10 centimes à un élève qui a cassé une vitre de l’école. Il demande aussi aux élèves de quitter les sabots aux élèves avant d’entrer en classe pour ne pas salir. L’école vient d’être construite. Le rapport de l’enquête effectuée par l’inspecteur primaire relate également que l’instituteur fréquente trop souvent l’auberge pour y jouer et il y “excite les gens les uns contre les autres”.

Lorsque sonne l’heure de la retraite pour notre instituteur, il enseigne à l’école de Percey. Il subit là encore les critiques de la population qui lui reproche de se lier avec les réactionnaires et de ne pas être un bon républicain. Célestin Gillot demande alors sa retraite. Il a perdu sa motivation pour enseigner. Il obtient sa retraite le 24 septembre 1902 après 33 ans, 10 mois et 25 jours de services:

journal officiel de la République Française du 24 octobre 1902, page 6934.

Voilà une carrière mouvementée, racontée rapidement en quelques lignes. On mesure combien enseigner pendant cette période fut difficile pour les instituteurs. Même si Célestin GILLOT avait un caractère un peu vif, nombreux de ses collègues eurent aussi à affronter des hostilités dans de nombreux autres villages. L’instituteur était un personnage important dans les petits villages, ce ne signifie pas pour autant qu’il y eut la vie facile;

source:AD 89, série T, dossier Célestin Gillot.

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