X comme enfant assistée

Ou X comme née sous X

C’est le titre que j’aurais pu aussi choisir pour mon arrière-grand-mère paternelle. Difficile de la nommer de façon précise, elle n’a jamais eu d’état civil officiel. La seule chose dont on est sur à son propos est son numéro de matricule d’enfant assisté de la Seine, le numéro 131764. Pour vous donner une idée de la difficulté à lui donner une identité sûre, précise, voici la photo de la partie haute de son compte de pupille, que j’ai pu récupérer en demandant son dossier aux archives de Paris, boulevard Sérurier:

compte de pupille de mon AGM, collection personnelle
compte de pupille de mon AGM, collection personnelle

Au départ, elle a été appelée si l’on en croit ce document, Madeleine Adèle. Cela est confirmé par le répertoire d’admission des enfants assistés de la Seine, visible ici. :Je l’appellerai donc Madeleine. Voici maintenant ce que je sais d’elle: elle a été déposée vraisemblablement, à l’hôpital Beaujon, à Paris, dans le 8ème arrondissement, en mars 1898.

extrait du répertoire des enfants assistés de la Seine: D3 X 4 112, lettre M à N
extrait du répertoire des enfants assistés de la Seine: D3 X 4 112, lettre M à N, année 1898

De son enfance, j’ignore tout. Je la retrouve grâce à un état de ses comptes de pupilles à Luzy dans la Nièvre en mars 1911. Elle a alors 13 ans. Elle est placée chez différentes familles. La dernière inscrite est la famille Prost à Issy-l’évêque dans la Saône-et-Loire, chez qui elle vit entre le 24 juin 1914 et le 24 juin 1916.C’est probablement là, qu’elle rencontre mon arrière-grand-père, Albert GIRARDOT. Ce dernier est exempté à cause d’un état de faiblesse générale. Le couple se marie le 31 janvier 1917, à Issy-l’évêque. Le maire n’a pas eu à ce moment d’extrait d’acte de naissance précis de la mariée. Elle se marie avec l’identité, on l’apprend quelques semaines plus tard, d’une autre personne, une certaine Marie Didier.

Dans les mois qui suivent, cette dernière se rend compte de l’usurpation de son identité, suite à une indiscrétion d’un notaire. Elle porte plainte contre mon aïeule. Au même moment, mon arrière-grand-père doit partir à la guerre. Madeleine est enceinte de mon grand-père qui voit le jour le 18 novembre 1917. Le mariage de Madeleine et d’Albert risque d’être annulé. Les choses traînent en longueur. Ce n’est que le 9 mai 1930 que le jugement est rendu. Albert GIRARDOT, son mari, est décédé depuis le 20 février 1927.

extrait du livret de famille d'Albert GIRARDOT et Madeleine. collection personnelle
extrait du livret de famille d’Albert GIRARDOT et Madeleine. collection personnelle

A ce moment-là, elle est en train de refaire les mêmes démarches pour se marier avec son deuxième mari. J’apprends lors des échanges épistolaires entre le directeur général de l’Assistance Publique de Paris  et le Procureur de la République, près le tribunal de 1ère instance du département de la Seine que Madeleine a été admise au nombre des enfants assistés le 16 mars 1898 sous le nom de Madeleine Adèle, mais qu’il n’a pas été trouvé d’acte de naissance correspondant.

Quelques années passent, la Seconde Guerre Mondiale aussi. La Sécurité Sociale se met en place. Madeleine est alors femme de ménage à la Poste de Saint-Yan, dans la Saône-et-Loire. Elle a besoin d’un certificat de naissance pour s’inscrire à la sécurité sociale et les mêmes difficultés recommencent…

Elle meure le 19 juin 1952 à la Motte-Saint-Jean. D’elle, mon grand-père n’a pu garder qu’une photo et le livret de famille. Lors du remariage de sa mère, son beau-père l’a chassé du foyer familial et l’a envoyé travailler comme domestique dans les fermes. Il avait 13 ans.

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